Citations :
"C'est une image, une première réplique, qui déclenche toujours, chez moi, le mécanisme de la création. Tout est dans les répliques, dans le jeu, dans les images scéniques."
"La pièce elle-même, c'était : les chaises vides et l'arrivée des chaises, le tourbillon des chaises que l'on apporte, qui occupent tout l'espace scénique."
"Les objets deviennent alors des espèces de mots, constituent un langage."
"Les Chaises appartiennent à un théâtre où le spectacle est premier, où l'invisible devient visible, où l'idée se fait image concrète, réalité, où le problème prend chair."
"Les personnages ne sont que les pivots d'une architecture mouvante. Les deux vieillards servent de pivot à une construction pure, à cette architecture mouvante qu'est une pièce de théâtre."
Mon bref résumé :
Un vieux et sa femme tente de passer leur temps en parlant...C'est alors que le Vieux annonce qu'il a toujours voulu adresser un message au monde entier...Comment celui-ci pourrait-il bien être adressé?
Quatrième page de couverture :
Dans cette pièce, Poirot-Delpech voyait, en 1961, la "plus accomplie des tragédies modernes". La 3e pièce d'Ionesco, créée en 1952, reprise en 1956, connaît maintenant un succès qui ne se dément pas. Le sujet des chaises est, nous dit l'auteur, "le vide ontologique"; mais c'est aussi un drame personnel, le miroir d'une conscience. On y retrouve la nostalgie de l'enfance, le sentiment de culpabilité, l'horreur de la vieillesse et de la mort. C'est encore une comédie qui, bien souvent, excite le rire par ses clowneries, ses calembours, ses parodies, ses pirouettes. C'est un ballet : celui des chaises amoncelées dans le mouvement accéléré d'un tourbillon fantastique, et qui demeurent vides. Les vieux font semblant de recevoir une foule d'invités, jusqu'à ce qu'un seul personnage apparaisse enfin sur la scène : hallucination?vérité du théâtre? L'Orateur tant attendu est sourd et muet, et la scène demeure vide, encombrée de chaises.
Les Chaises, farce tragique, a été jouée pour la première fois le 22 avril 1952, au théâtre Lancry.
Avis personnel :
Livre intéressant où l'on trouve du suspens. On reconnaît l'appréciation de Ionesco envers le théâtre de l'absurde qu'il nous délivre à travers cette pièce. Les vieux passent leur temps à reparler du passé, et les personnages se succèdent en apportant des chaises. Les vieux décident de mourir en se jetant à l'eau, sans que le message de toute une vie ne soit transmis. Puis la foule s'en va... Original comme pièce ! Le théâtre est le lieu où l'on donne à voir, l'objet offert au regard. Le fait que des chaises et des sonneries se succèdent peut paraître rébarbatif, mais étant donné que la pièce est courte, ça passe ! Ce n'est pas commun, ça, c'est sûr !
Extrait :
"LE VIEUX - Majesté, ma femme et moi-même n'avons plus rien à demander à la vie. Notre existence peut s'achever dans cette apothéose...Merci au ciel qui nous a accordé de si longues et si paisibles années...Ma vie a été bien remplie. Ma mission est accomplie. Je n'aurai pas vécu en vain, puisque mon message sera révélé au monde...Au monde, ou plutôt à ce qu'il en reste ! A vous, messieurs-dames et chers camarades, qui êtes les restes de l'humanité, mais avec de tels restes on peut encore faire de la bonne soupe...Orateur ami...Si j'ai été longtemps méconnu, mésestimé par mes contemporains, c'est qu'il en devait être ainsi. Qu'importe à présent tout cela, puisque je te laisse, à toi, mon cher Orateur et ami...le soin de faire rayonner sur la postérité la lumière de mon esprit...Fais donc connaître à l'univers ma philosophie. Ne néglige pas non plus les détails, tantôt cocasses, tantôt douloureux ou attendrissants de ma vie privée, mes goûts, mon amusante gourmandise...raconte tout...parle de ma compagne...de la façon dont elle préparait ses merveilleux petits pâtés turcs, de ses rillettes de lapin à la normandillette...parle du Berry, mon pays natal...Je compte sur toi, grand maître et Orateur...quant à moi et ma fidèle compagne, après de longues années de labeaur pour le progrès de l'humanité pendant lesquelles nous fûmes les soldats de la juste cause, il ne nous reste plus qu'à nous retirer à l'instant, afin de faire le sacrifice suprême que personne ne nous demande mais que nous accomplirons quand même..."
